100 € en 2024. 150 € depuis avril 2026. Et jusqu’à 350 € envisagés pour 2027. Derrière le chiffre, un barème à étages dont le coût de gestion sera payé par les fonds mêmes de la formation. La CSFC demande un débat avant l’arbitrage.
Ce que prévoit réellement le projet
Le 23 septembre 2026, Les Échos ont révélé une mesure des arbitrages du projet de loi de finances pour 2027 : la participation forfaitaire obligatoire du CPF passerait de 150 à 350 euros. Objectif affiché : 300 à 350 millions d’euros d’économies, dans un effort de 2,5 milliards demandé au ministère du Travail.
Précisons, car la nuance est décisive : le projet ne prévoit pas 350 € pour tout le monde. Il distingue les formations prioritaires des autres, tient compte d’un éventuel cofinancement, et prévoit un questionnaire sur l’objectif professionnel du titulaire. Selon les cas, la participation serait nulle, resterait à 150 €, ou atteindrait 350 €.
Rappelons enfin qu’il s’agit d’un projet non voté, et que la liste des certifications prioritaires reste à définir.
Trois objectifs que l’on confond
Le débat public mélange systématiquement trois choses qui n’ont ni les mêmes causes, ni les mêmes remèdes :
- combattre la fraude,
- garantir la qualité,
- réaliser des économies budgétaires.
Chacun est légitime. Chacun appelle des outils distincts.
Or faire payer 200 euros de plus à un salarié ne permet d’identifier aucun organisme frauduleux. Une hausse du reste à charge est une mesure budgétaire. Ne la présentons pas comme une politique de qualité.
Une mécanique financée par ce qu’elle prétend protéger
C’est le point que nous voulons porter.
Chaque étage de ce barème appelle un texte. Chaque texte appelle un contrôle. Chaque contrôle appelle un organe de validation, un système d’information, un traitement des recours.
Et tout cela sera financé par les fonds de la formation.
Avant d’affirmer qu’un dispositif de sélection fera économiser de l’argent, il faut en mesurer le coût de conception, de gestion et de contrôle. Une économie de 300 millions dont une part se dissipe en administration n’est pas une économie : c’est un transfert vers la gestion de ce qu’on refuse à la pédagogie.
Le CPF a réussi pour une raison simple : il était simple. Les dérives des débuts ont existé, et elles ont été combattues — reste à charge, plafonnement du permis de conduire à 900 €, bilans de compétences limités à 1 600 €, plafonnement des droits mobilisables. Le ménage a été fait.
Qui décide de ce qui est prioritaire ?
C’est la question la plus lourde de conséquences, et la moins débattue.
Sur quels critères une formation devient-elle prioritaire ? Avec quelle capacité à reconnaître une reconversion qui commence par une compétence inattendue, avant même qu’un métier soit officiellement identifié comme en tension ?
Un salarié n’attend pas l’actualisation d’un référentiel pour voir son métier changer. Il peut avoir besoin d’une langue, d’un outil, d’une compétence qui prépare une évolution que personne n’avait anticipée pour lui. Ce projet n’est pas secondaire parce qu’il ne figure pas sur une liste.
Et l’intelligence artificielle accélère précisément ce décalage : nous allons devoir former pour des métiers dont les référentiels n’existent pas encore.
Quant au questionnaire de maturité, il peut aider à clarifier un objectif. Mais s’il devient un filtre, il faudra démontrer qu’il améliore réellement les choix de formation — et non qu’il complique l’accès au CPF.
Un droit plus facile à exercer pour ceux qui ont déjà un soutien
Trois cent cinquante euros n’ont pas le même poids pour tous.
Un cadre dont l’employeur cofinance la formation et un salarié qui construit seul son projet ne partent pas avec les mêmes moyens. L’exonération prévue en cas de cofinancement d’au moins 150 € rend cette différence structurante.
Le CPF devait permettre à chacun de prendre la main sur son parcours. Ne le transformons pas en droit plus facile à exercer pour ceux qui disposent déjà d’un appui.
Ajoutons que le reste à charge est exigible en une seule fois — une difficulté déjà soulevée à l’Assemblée nationale pour le montant actuel.
Quatre questions avant d’arbitrer
La CSFC ne demande ni dérégulation ni passe-droit. Elle demande que le débat ait lieu avant que les règles soient arrêtées :
- Combien de personnes renonceraient à se former du fait de cette hausse ?
- Quels publics et quels projets seraient les plus touchés ?
- Quel serait le coût réel des nouveaux mécanismes de sélection et de contrôle ?
- Comment préserver le droit d’initiative du titulaire, y compris lorsque son projet sort des priorités du moment ?
Si l’objectif est de moins financer la formation à l’initiative des actifs, qu’on le dise clairement, et qu’on réaffecte explicitement les moyens vers les publics prioritaires. Mais qu’on cesse d’empiler des dispositifs qui dépensent en administration ce qu’ils refusent aux formations.
Travaillons ensemble
Nous connaissons, pour les formateurs indépendants et les petits organismes, ce que représentent les exigences de certification, de suivi et de contrôle. Ajouter des règles n’est jamais sans conséquence pour ceux qui doivent les appliquer.
Notre proposition est simple : associer les représentants des apprenants, des formateurs indépendants et des organismes de formation à la construction de cette réforme.
La France aura besoin de davantage de compétences et de reconversions. Pas d’un parcours plus coûteux et plus difficile à comprendre.
Protégeons l’argent de la formation. Protégeons aussi la possibilité de se former.
Hervé TCHDRY
Président de la Chambre Syndicale des Formateurs-Consultants — CSFC